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Salaires et charges

1er mai : un restaurant peut-il ouvrir et comment payer les salariés ?

8 novembre 2026 · 8 min de lecture

Brins de muguet devant la porte fermée d’un restaurant

Le 1er mai est la seule date de l’année que le Code du travail réserve au repos de tous les salariés, et pourtant des terrasses restent pleines ce jour-là. Pour un restaurateur, l’ouverture d’un restaurant le 1er mai ne se règle pas par l’habitude du quartier : elle engage l’organisation du service, la fiche de paie et le risque d’un contrôle. Entre le texte de loi, la lecture de l’administration et celle de la profession, les positions divergent, et une erreur se paie en salaires ou en amende.

En bref

  • Un restaurant peut ouvrir le 1er mai, mais y faire travailler des salariés suppose de relever de la dérogation de l’article L. 3133-6 du Code du travail, que l’administration ne reconnaît pas par principe aux restaurants commerciaux, alors que le GHR soutient que la branche HCR en bénéficie.
  • Un salarié qui travaille le 1er mai bénéficie du doublement de sa rémunération : son salaire de la journée, plus une indemnité égale à ce salaire.
  • Un salarié qui ne travaille pas ce jour-là ne subit aucune baisse de rémunération, quelle que soit son ancienneté.
  • Faire travailler un salarié le 1er mai hors dérogation expose l’employeur à une amende de quatrième classe (article R. 3135-3 du Code du travail).
  • La convention HCR ajoute, pour un salarié ayant un an d’ancienneté, 10 jours fériés par an en plus du 1er mai, dont 6 sont garantis.

Un restaurant a-t-il le droit d’ouvrir le 1er mai ?

Aucune interdiction générale n’empêche un restaurant, un café ou un hôtel d’ouvrir le 1er mai : c’est l’emploi de salariés ce jour-là qui est encadré. Le ministère du Commerce l’a écrit dans une réponse publiée au Journal officiel du 8 mars 2016 : il n’existe pas d’interdiction générale d’ouverture des hôtels, cafés et restaurants le 1er mai.

Le Code du travail pose le principe à l’article L. 3133-4 : le 1er mai est un jour férié et chômé. Service-Public précise que c’est le seul jour férié qui doit être chômé pour tous les salariés ; les autres ne le sont que si une convention, un accord ou l’employeur le prévoit. Le travail y reste possible, à titre exceptionnel, pour les établissements qui ne peuvent pas interrompre leur activité.

Cette règle d’ordre public ne concerne que les salariés. Dans une réponse du ministère du Travail publiée le 17 juin 2025, à propos des boulangeries, le principe est rappelé : les personnes non salariées peuvent travailler le 1er mai.

Les restaurants peuvent-ils invoquer la dérogation des établissements qui ne peuvent interrompre le travail ?

La dérogation existe, mais deux lectures s’opposent sur son application à un restaurant. L’article L. 3133-6 du Code du travail autorise le travail le 1er mai dans les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail.

Le ministère du Commerce, dans sa réponse du 8 mars 2016, estime que les restaurants commerciaux ne relèvent pas de cette dérogation de principe, sauf à prouver que leur activité l’impose. Les hôtels, eux, peuvent plus facilement justifier un fonctionnement continu. La réponse de juin 2025 rappelle la méthode : il n’existe pas de dérogation de principe, l’employeur doit démontrer que la nature de son activité l’impose, par exemple en établissant que l’activité répond à un besoin essentiel du public qui ne peut être satisfait autrement.

La profession défend une autre position. Le GHR indique que les établissements de la branche HCR peuvent ouvrir le 1er mai et faire travailler leurs salariés « sous réserve du respect des règles conventionnelles », et que la convention collective nationale autorise ce travail depuis 1997. La réponse de 2016 ajoute que la convention collective ne fixe pas les conditions d’ouverture, qui relèvent de la loi.

Comment payer un salarié qui travaille le 1er mai dans un restaurant ?

Le salarié qui travaille le 1er mai perçoit son salaire de la journée et, en plus, une indemnité égale au montant de ce salaire, ce qui double sa rémunération. L’article L. 3133-6 le prévoit : l’indemnité est égale au salaire et s’ajoute à la rémunération normale.

Exemple de calcul, construit pour l’occasion : un serveur dont la journée de travail normale est rémunérée 100 € brut reçoit 100 € pour la journée travaillée et 100 € d’indemnité, soit 200 € brut. Le chiffre de 100 € est arbitraire : il sert à montrer la mécanique, qui vaut pour n’importe quel salaire journalier.

La situation du salarié dépend de ce que le 1er mai représente dans son planning. Trois cas se distinguent pour les salariés de la branche, quelle que soit leur ancienneté.

Situation du 1er maiRègle de rémunération
Jour de fermeture habituelle de l’établissement ou jour de repos habituel du salariéAucune incidence sur la rémunération
Jour d’ouverture habituelle, mais l’employeur fermeLe salarié perçoit sa rémunération normale
Jour de travail normal, le salarié travailleUne indemnité égale au salaire de la journée s’ajoute à la rémunération

Un salarié payé à l’heure, à la journée ou à la tâche, dont l’établissement ferme, n’est pas laissé de côté : il reçoit une indemnité compensant la perte de salaire. Les éventuelles heures supplémentaires effectuées ce jour-là obéissent à leurs propres règles, exposées dans le guide des heures supplémentaires en restauration.

Que prévoit la convention HCR pour les autres jours fériés ?

La convention HCR accorde, en plus du 1er mai, 10 jours fériés par an au salarié qui a un an d’ancienneté dans le même établissement ou la même entreprise, dont 6 jours garantis et 4 jours non garantis. Ces règles figurent dans une fiche de la branche sur les jours fériés, datée du 31 janvier 2018 : elles sont à rapprocher de la grille de salaire de la branche, que détaille la grille de salaire HCR.

Un jour garanti chômé est rémunéré s’il s’agit d’un jour habituel de travail, et travaillé il donne droit au salaire habituel plus une compensation ou une indemnité équivalente. Un jour non garanti chômé garde la rémunération normale, et travaillé il donne droit à une journée de compensation.

Pour les jours garantis, l’employeur vérifie en fin d’année civile si le salarié en a bénéficié et, sinon, l’informe par écrit de ses droits restants. Les jours non pris peuvent être pris dans les 6 mois suivants ou indemnisés, puis sont obligatoirement rémunérés. Hors de cette convention, la loi garantit seulement qu’un jour férié chômé n’entraîne aucune perte de salaire pour un salarié ayant au moins 3 mois d’ancienneté.

Quels salariés ont des règles particulières le 1er mai : mineurs, saisonniers, intérimaires ?

Les mineurs, les saisonniers et les intérimaires suivent chacun un régime propre. Service-Public indique que les salariés de moins de 18 ans ne peuvent en principe pas travailler les jours fériés, avec des exceptions dans l’hôtellerie, la restauration, chez le traiteur et l’organisateur de réception, et qu’ils doivent alors bénéficier d’au moins 36 heures consécutives de repos hebdomadaire.

Pour les apprentis mineurs de la branche, une dérogation est prévue par les articles R. 3164-2 et L. 3164-8 du Code du travail, et leur salaire journalier de base est doublé pour la journée travaillée. Pour les saisonniers, la convention exige 9 mois d’ancienneté, contrats successifs cumulés chez le même employeur, et ouvre alors des jours fériés au prorata de la durée du contrat.

Les intérimaires doivent être payés pour un jour férié compris dans leur mission.

Quels risques un restaurateur prend-il en cas de contrôle le 1er mai ?

L’employeur qui fait travailler un salarié le 1er mai sans relever de la dérogation s’expose à une amende de quatrième classe, prévue à l’article R. 3135-3 du Code du travail. La réponse du 17 juin 2025 le rappelle.

Une proposition de loi sur le travail le 1er mai, examinée à l’Assemblée nationale le 10 avril 2026, a été écartée par une motion de rejet préalable. Des contrôles de l’inspection du travail n’étaient pas exclus le 1er mai 2026, comme le rappelait la profession.

Questions fréquentes

L’exploitant qui travaille seul peut-il ouvrir son restaurant le 1er mai ?

Oui, dès lors qu’aucun salarié ne travaille. La règle du 1er mai chômé protège les salariés ; les personnes non salariées ne sont pas visées.

La journée de solidarité peut-elle être fixée au 1er mai ?

Non. La journée de solidarité peut être un jour férié travaillé autre que le 1er mai, comme le lundi de Pentecôte, un jour de RTT ou une autre modalité équivalente à 7 heures. Ses modalités sont fixées par accord ou, à défaut, par l’employeur après consultation du comité social et économique.

Un salarié intermittent ou un travailleur à domicile est-il payé quand le 1er mai tombe sur un jour non travaillé ?

En principe non pour le maintien de salaire des jours fériés chômés : les travailleurs à domicile, les salariés intermittents et les intérimaires en sont en général exclus. Les salariés intermittents ou à domicile relèvent donc d’un régime à part, à vérifier contrat en main.

Peut-on fermer le restaurant le pont du 1er mai et récupérer les heures ?

Oui, si l’employeur ou un accord l’a décidé. La loi ne réglemente pas les ponts, et les heures perdues peuvent être récupérées dans les 12 mois précédant ou suivant le pont, sans majoration pour heures supplémentaires.

Une dérogation au repos dominical autorise-t-elle à ouvrir le 1er mai ?

Non. La réponse ministérielle de juin 2025 rappelle qu’il n’existe pas de dérogation de principe pour les établissements qui bénéficient d’une dérogation au repos dominical, en citant un arrêt de la Cour de cassation (chambre criminelle) du 14 mars 2006. La nécessité d’ouvrir le 1er mai se démontre séparément.

Sources

Sources consultées le 28 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Service-Public (Direction de l’information légale et administrative), « Jours fériés et ponts dans le secteur privé », service-public.gouv.fr, vérifiée le 1er janvier 2026. Adresse : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2405
  • Assemblée nationale, « Question écrite n° 90510 : jours fériés », 14e législature, réponse du ministère du Commerce publiée au Journal officiel du 8 mars 2016. Adresse : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/14/questions/QANR5L14QE90510
  • Assemblée nationale, « Question écrite n° 5697 : ouverture des boulangeries le 1er mai », 17e législature, réponse du ministère du Travail et de l’emploi publiée au Journal officiel du 17 juin 2025. Adresse : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE5697
  • GHR, « Rappel important : les établissements de la branche HCR peuvent ouvrir le 1er mai », ghr.fr, 18 avril 2025. Adresse : https://www.ghr.fr/social/actualites/rappel-important-les-etablissements-de-la-branche-hcr-peuvent-ouvrir-le-1er-mai
  • GHR, « Travail le 1er mai : rejet de la proposition de loi et rappel du cadre applicable dans le secteur HCR », ghr.fr, avril 2026. Adresse : https://www.ghr.fr/social/actualites/travail-le-1er-mai-rejet-de-la-proposition-de-loi-et-rappel-du-cadre-applicable
  • GHR, « Les jours fériés », ghr.fr, 31 janvier 2018. Adresse : https://www.ghr.fr/social/les-obligations-liees-a-l-execution-du-contrat-de-travail/l-encadrement-de-la-duree-du-travail/les-jours-feries

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