Mis à jour le 18 septembre 2026
Deux évaluations du même restaurant peuvent différer du simple au double sans qu’aucune ne soit fausse, parce qu’elles ne mesurent pas la même chose. L’une regarde ce que l’affaire encaisse, l’autre ce qu’elle rapporte, la troisième ce qu’il en coûterait de la reconstituer.
Comprendre ces trois logiques est ce qui permet de négocier, plutôt que de subir un prix annoncé. Cette page les applique toutes les trois au même établissement, puis passe en revue ce qui fait bouger le résultat.
En bref : trois méthodes coexistent. Le pourcentage du chiffre d’affaires, rapide mais grossier, situé pour un restaurant dans une fourchette large selon l’emplacement. Le multiple de l’excédent brut d’exploitation, plus solide, généralement compris entre trois et cinq fois. La valeur de reconstitution, qui additionne matériel, droit au bail et coût de constitution de la clientèle. Sur un même cas, les trois donnent ici 195 000, 208 000 et 175 000 euros : c’est l’écart entre elles qui construit la négociation.
Quelles sont les trois méthodes ?
Le pourcentage du chiffre d’affaires. On applique un coefficient au chiffre d’affaires annuel toutes taxes comprises. C’est la méthode des annonces, parce qu’elle ne demande qu’une donnée. Elle est aussi la plus trompeuse : deux établissements au même chiffre d’affaires peuvent dégager des résultats opposés.
Le multiple de l’excédent brut d’exploitation. On retient un multiple de la capacité de l’affaire à dégager du résultat avant amortissements et charges financières, après retraitement de la rémunération de l’exploitant. C’est la méthode qu’utilisent les banques, parce qu’elle dit ce que l’affaire peut rembourser.
La valeur de reconstitution. On additionne ce qu’il faudrait dépenser pour créer l’équivalent : matériel et agencements à leur valeur d’usage, droit au bail, et coût de la période de démarrage jusqu’à atteindre la même clientèle. Elle sert de plancher et de garde-fou.
Que donnent-elles sur un même établissement ?
Prenons un restaurant de quartier réalisant 390 000 euros de chiffre d’affaires toutes taxes comprises, soit environ 350 000 euros hors taxes, avec un excédent brut d’exploitation retraité de 52 000 euros et un loyer annuel de 30 000 euros.
| Méthode | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Pourcentage du chiffre d’affaires | 390 000 × 50 % | 195 000 € |
| Multiple de l’excédent brut d’exploitation | 52 000 × 4 | 208 000 € |
| Valeur de reconstitution | Matériel 70 000 + droit au bail 60 000 + démarrage 45 000 | 175 000 € |
Les trois résultats s’étalent sur 33 000 euros, soit près de 19 % du plus bas. Cet écart n’est pas un défaut de méthode : c’est l’espace de négociation, et savoir d’où il vient permet de le défendre.
Le vendeur mettra en avant la méthode la plus favorable, ici le multiple de l’excédent. L’acquéreur opposera la valeur de reconstitution, en soulignant qu’au-delà, il paie une clientèle dont rien ne garantit qu’elle restera.
Pourquoi le retraitement de l’excédent est-il décisif ?
Parce que la rentabilité affichée dépend de choix de gestion propres au vendeur, et qu’il faut la ramener à ce qu’elle serait pour n’importe quel exploitant.
Quatre retraitements reviennent systématiquement.
- La rémunération de l’exploitant. Un gérant qui se verse peu gonfle mécaniquement le résultat. On réintègre une rémunération de marché pour le poste réellement occupé.
- Le travail non rémunéré des proches. Un conjoint qui tient la salle sans salaire représente un coût futur pour le repreneur.
- Les charges personnelles passées dans l’entreprise, véhicule, téléphone, frais divers, à retirer ou à normaliser.
- Les éléments exceptionnels, subvention ponctuelle, indemnité d’assurance, travaux non récurrents.
Sur l’exemple précédent, si le gérant se verse 1 200 euros par mois alors que le poste vaut 2 800 euros chargés, le retraitement retire environ 19 200 euros à l’excédent, qui passe de 52 000 à 32 800 euros. Le multiple de 4 donne alors 131 200 euros au lieu de 208 000. L’écart de 76 800 euros tient à une seule ligne, et c’est la première à vérifier dans un dossier.
La lecture d’un compte de résultat et ses retraitements sont détaillés dans notre rubrique fonds de commerce.
Qu’est-ce qui fait monter ou descendre le prix ?
Six facteurs pèsent davantage que le chiffre d’affaires lui-même.
- Le loyer rapporté au chiffre d’affaires. C’est le premier critère. Un loyer à 8 % du chiffre d’affaires hors taxes est confortable, un loyer à 15 % rend l’affaire fragile quel que soit son volume.
- La durée restante du bail et les conditions de renouvellement. Un bail arrivant à échéance sans garantie de renouvellement fait chuter la valeur.
- L’état du matériel, en particulier le froid, l’extraction et l’électricité, qui sont les trois postes de remise à niveau lourds.
- La dépendance à l’exploitant. Une affaire portée par la notoriété personnelle du chef vaut moins qu’une affaire portée par son emplacement.
- La régularité des résultats sur trois exercices. Une année exceptionnelle ne fait pas une valeur.
- La conformité, accessibilité, sécurité incendie et hygiène, dont la mise à niveau se déduit du prix.
Le premier de ces facteurs se calcule en deux minutes et oriente toute la suite. Sur l’exemple, un loyer de 30 000 euros pour 350 000 euros hors taxes représente 8,6 %, ce qui est sain et soutient la valorisation haute.
Que vaut la clientèle exactement ?
C’est la partie la plus discutée, parce qu’elle n’a aucune existence matérielle et qu’elle représente pourtant l’essentiel de l’écart entre la valeur de reconstitution et le prix demandé.
Trois questions permettent de l’apprécier concrètement.
La clientèle est-elle attachée au lieu ou à la personne ? Un restaurant de quartier vivant du passage et des habitudes transmet mieux sa clientèle qu’une table de destination construite autour d’un chef.
Quelle est la part de la clientèle récurrente ? Elle se mesure par le taux de retour et se constate en salle. Une clientèle de passage exclusive rend l’affaire plus volatile.
Qu’est-ce qui la retient ? Un emplacement sans concurrence proche, un contrat avec des entreprises voisines, une réputation en ligne solide : ces éléments se transmettent. Une carte personnelle et un tour de main se transmettent beaucoup moins.
La règle pratique qui en découle : plus la clientèle est liée à la personne du vendeur, plus la valeur doit se rapprocher de la valeur de reconstitution, et plus une clause d’accompagnement du repreneur devient nécessaire.
Comment structurer une offre ?
Une offre défendable s’appuie sur les trois méthodes plutôt que sur une seule, et elle est chiffrée poste par poste.
- Poser les trois évaluations côte à côte, avec les hypothèses écrites.
- Déduire les mises à niveau chiffrées : devis d’extraction, remplacement du froid, mise en accessibilité.
- Proposer un séquencement, avec un complément de prix indexé sur le maintien du chiffre d’affaires la première année, ce qui déplace une partie du risque sur le vendeur.
- Prévoir un accompagnement de quelques semaines, valorisé dans l’offre, quand la clientèle est liée à l’exploitant.
Un point de négociation souvent négligé : le stock, évalué séparément le jour de la cession, se paie en trésorerie immédiate. Fixer sa méthode d’évaluation dans la promesse évite une discussion tendue au moment de signer, et les autres composantes de l’opération sont détaillées dans notre page sur le fonds de commerce d’un restaurant.
Questions fréquentes
Quel multiple retenir pour un restaurant ?
Un multiple de trois à cinq fois l’excédent brut d’exploitation retraité constitue une fourchette usuelle, le haut de fourchette étant réservé aux affaires régulières, bien situées et peu dépendantes de l’exploitant. Ce n’est pas une règle, c’est un repère de négociation.
Faut-il faire évaluer le fonds par un professionnel ?
Sur un montant de cet ordre, oui. Un expert-comptable ou un évaluateur spécialisé produit une évaluation opposable, ce qui est utile face à un banquier comme face à un vendeur. Le coût est faible rapporté à l’écart qu’une seule ligne de retraitement peut créer.
Le prix demandé est-il négociable ?
Presque toujours, et l’écart se construit sur des éléments objectivables : devis de mise en conformité, retraitement de la rémunération, durée restante du bail. Une négociation appuyée sur des pièces aboutit là où une négociation de principe échoue.
Que vaut un restaurant qui perd de l’argent ?
Sa valeur de reconstitution, diminuée du coût de redressement. L’excédent brut d’exploitation étant négatif, la méthode du multiple ne s’applique pas, et le prix ne peut se justifier que par le matériel, le bail et l’emplacement.
La licence entre-t-elle dans la valorisation ?
Oui, lorsqu’il s’agit d’une licence de quatrième catégorie, qui a une valeur de marché propre. Une licence restaurant, qui se crée librement par déclaration, n’ajoute en revanche rien à la valeur du fonds.
À garder en tête : les fourchettes et multiples cités ici sont des repères de négociation à la date de mise à jour, non des règles d’évaluation. Chaque affaire a sa structure de charges et son emplacement. Une valorisation destinée à une offre ou à un financement se fait avec un expert-comptable ou un évaluateur, seuls à pouvoir engager leur responsabilité.
Sources
Sources consultées le 18 septembre 2026.
- Bpifrance Création, évaluer une entreprise et un fonds de commerce : bpifrance-creation.fr
- Entreprendre, service public, acheter ou vendre un fonds de commerce : entreprendre.service-public.gouv.fr
- Légifrance, code de commerce, articles L141-1 et suivants : legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000005634379
- Insee, comptes des entreprises de la restauration, structure des charges : insee.fr